"Bayrou ne choisit ni la droite ni la gauche, pour finir avec la droite.  Si certains font le choix d'un candidat de droite, qu'ils ne viennent pas se plaindre après"  (François Hollande).

Oublions un instant que François Bayrou fut le Ministre de Balladur et de Juppé. Oublions un instant que son groupe fait partie de la majorité actuelle et a voté la plupart des lois proposées par le gouvernement,  au cours de cette dernière législature. Oublions également que Gilles de Robien, membre de l’UDF, est également le Ministre de l’Éducation qui se permettait, au printemps dernier, de classer les étudiants entre les studieux qui assistaient sagement aux cours et les dilettantes qui avaient le culot de demander le retrait du CPE. Oublions également que, dans les régions et les départements, l’UDF vote systématiquement aux côtés de l’UMP. Oublions donc que François Bayrou est de droite. Effaçons le passé et regardons le nouveau François Bayrou (tous ces hommes de droite ont décidé de nous faire croire qu’ils avaient tous changé !).  

François Bayrou souhaite gouverner au-dessus de « la guerre des tranchées UMP-PS », comme il aime à le dire. Il veut un gouvernement de coalition, rassemblant des femmes et des hommes de gauche et de droite, du type de celle que dirige Angela Merkel en Allemagne, même si aucune comparaison n’est possible entre nos deux pays de ce point de vue, ni historique, ni institutionnelle, ni conjoncturelle. Première constatation, il faut se réjouir que Bayrou se démarque à ce point de Sarkozy. C’est une "première" dans l’histoire de l’UDF. François Bayrou, conscient peut-être du fait que Sarkozy chasse de plus en plus ouvertement sur les terres de l’extrême-droite et présente un programme qui peut s’avérer dangereux pour la République, ne veut plus compter ses soutiens pour mieux se rallier ensuite mais s’oppose à l’UMP. C’est en tout cas ce qu’il laisse entendre.

 On imagine mal alors, s’il n’était finalement que le troisième ou quatrième homme, qu’il puisse rentrer dans le rang et appeler à voter pour Nicolas Sarkozy au deuxième tour sans se décrédibiliser complètement. Il serait tout de même intéressant de l’entendre à ce sujet. Mais allons plus loin dans la politique fiction. Imaginons un instant que François Bayrou l’emporte.   Comment le système de la grande coalition UMP-UDF-PS pourrait-il se mettre en place ? Les élections législatives, qui suivront l’élection présidentielle, verront ces trois groupes se former sans qu’il soit pour l’heure possible de dégager un scénario probable, quel que soit le Président élu,  et encore moins si Bayrou l’emportait. Il faut constater que le projet de coalition ne peut en aucun cas naître d’une lubie présidentielle, mais ne pourrait venir que forcée par une absence de majorité à l’Assemblée, ce qui n’est même pas le cas le plus probable. Mais imaginons que cela se produise et que Bayrou, au lieu de s’appuyer sur une majorité UDF-UMP comme d’habitude, ou UDF-PS (ce qui serait très surprenant et ce que le PS refuse à raison d’envisager) décide de s’appuyer sur les trois formations. Comment pourrait-il concilier des projets aussi dissemblables ? Comment des ministres du PS et de l’UMP pourraient-ils travailler ensemble ? Comment imaginer une Assemblée stable dans de telles conditions ?  

 Décidément non, le projet de François Bayrou ne tient pas debout. Sa grande coalition, - hautement improbable -, serait dans tous les cas le gage de la plus grande instabilité et donc de la plus grande immobilité. Exactement ce dont la France n’a pas besoin pour les cinq ans à venir. À moins que… À moins que le projet de François Bayrou ne soit qu’écran de fumée et qu’il ne décide de se rallier au plus vite à la droite, à sa véritable famille, une fois la Présidentielle passée. Lui non plus n’aurait donc pas changé ? 

illustration © L'Internaute Magazine / Liv


Lundi 26 février 2007
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