(Propos recueillis par Béatrice Houchard).

Le Parisien : par son langage cru, Nicolas Sarkozy va-t-il trop loin ?
Jean-Pierre Chevènement : Un ministre de lIntérieur doit avoir un langage clair. Il nest pas là pour caresser les gens dans le sens du poil. La République nest pas un régime de faiblesse. Mails il faut éviter lemploi de certaines expressions qui peuvent être blessantes « Nettoyer au karcher » la cité des 4000 nest pas une expression heureuse. M. Sarkozy nest pas un sot, son discours est très calculé, très médiatique du moins peut-on limaginer. Mais cest un discours qui donne un reflet caricatural dune orientation plus profonde que je juge inquiétante. En matière de sécurité, il faut éviter deux écueils : langélisme de gauche qui consiste à penser que la prévention dispense de la répression, et une politique de répression qui exclurait la prévention et la dissuasion en amont. Là, il me semble quon est entrain de rompre un point déquilibre.
Le Parisien : auquel vous étiez parvenu ?
JPC : Jai écrit à M. Sarkozy il y a quelques jours pour lui dire mon inquiétude. Je pense quil est temps de remettre laction policière dans un axe plus républicain. La police de proximité telle que je lavais mise en place en 2000, répondait à ce double objectif de prévention et de répression. Les contrats locaux de sécurité avaient ouverts
Le Parisien ; Vous estimez que votre politique est détricotée ?
JPC : la police de proximité a été largement vidée de sa substance. On ne peut pas remplacer une patrouille de police à pied par une voiture qui traverse le quartier à grande vitesse avec trois policiers qui observent à la va vite. Le renforcement de linvestigation, oui. Mais la priorité quasi exclusive donnée à la police dintervention nest pas bonne à terme. Jobserve dailleurs que les chiffres de la délinquance notamment de voie publique dans les circonscriptions de police, ont remonté ces derniers mois.
Le Parisien : Avec lutilisation du mot « sauvageon » vous aviez aussi provoqué une polémique
JPC : « Sauvageon » est un vieux mot français du XIIème siècle Qui désigne des arbres non greffés. Jincriminais le défaut déducation de jeunes criminels vivant dans le virtuel, qui pensaient quon ne tue pas en appuyant sur une gâchette. Javais choisi le mot « sauvageon » avec soin pour pointer une carence de léducation. Il faut lier les problèmes de sécurité et les problèmes déducation. Cest une conception de gauche et progressiste.
Le Parisien : Et la mise en cause dun juge toujours par Nicolas Sarkozy ?
JPC : Trois magistrats ont pris une décision. Le droit à lerreur existe. Ils se sont sûrement trompés. Doit-on durcir les conditions de remise en liberté des récidivistes ? Cest à lappréciation des juges. Je ne suis pas très convaincu par lidée de voter de nouvelles lois.
Le Parisien : Quallez vous dire à Dominique de Villepin qui vous recevra demain dans le cadre de la consultation des responsables politiques sur lEurope ?
JPC : Pour remettre lEurope sur les rails, il existe un plan B, cest celui du bon sens. Pour faire reculer le chômage, il faut un gouvernement économique qui accompagne la monnaie unique. La Banque centrale doit aussi et surtout soutenir la croissance et lemploi. Il faut assouplir le pacte de stabilité en autorisant la déduction des dépenses de recherche, donner des compétences à leurogroupe en matière budgétaire, monétaire et fiscale, affirmer la nécessité dune politique industrielle. La France doit faire ces propositions et jouer un rôle moteur pour que la zone euro, par une politique de relance, soit la locomotive de lEurope toute entière et que lon sorte de la panne actuelle de gouvernance économique.
Le Parisien : Cela passe-t-il par votre candidature à la présidentielle de 2007 ?
JPC : la gauche ne pourra lemporter que sur la base dun projet républicain exigeant. Sinon, je crains quil ne soit pas possible de faire barrage à la démagogie que nous voyons déjà se développer avec le relais de puissants médias. Avec le MRC qui réunissait son conseil national, jai proposé des états généraux de la gauche sur la base dun projet.
Le Parisien : et donc ?
JPC : Et donc, voilà ! Nous sommes prêts.
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